Venezuela: Trump reconnaît l’opposant Juan Guaido comme «président par intérim»

Venezuela: Trump reconnaît l’opposant Juan Guaido comme «président par intérim»

Opposants et partisans du président vénézuélien Nicolas Maduro manifestent ce mercredi à Caracas, premier retour dans les rues après les violentes mobilisations de 2017 qui avaient fait quelque 125 morts. Le président du Parlement, l’opposant Juan Guaido, s’est autoproclamé « président en exercice » du pays. Les Etats-Unis le reconnaissent comme « président par intérim ».

Opposants et partisans du président Nicolas Maduro sont descendus en masse dans les rues ce mercredi dans tout le pays, dans un climat de haute tension. Au moins quatre personnes sont mortes dans des troubles précédant les manifestations.

Les opposants, dont nombreux s’étaient vêtus de blanc, se sont réunis dans plusieurs quartiers de la capitale et d’autres régions du pays pour exiger un « gouvernement de transition » et de nouvelles élections. De leur côté, les partisans du gouvernement, habillés de rouge pour la plupart, se sont retrouvés dans d’autres points de la capitale pour apporter leur soutien au chef de l’Etat et rejeter les revendications de l’opposition, qu’ils considèrent comme une tentative de coup d’Etat orchestrée par Washington.

En cette date historique, qui commémore les 61 ans la chute de la dictature de Marcos Perez Jimenez, le 23 janvier 1958, les opposants et partisans du président socialiste souhaitaient compter leur forces.

Juan Guaido prêt à remplacer Nicolas Maduro

Juan Guaido, nouveau président du Parlement, où l’opposition est majoritaire, espère être en mesure d’unifier les opposants à l’héritier d’Hugo Chavez et se dit prêt à le remplacer à titre provisoire, avec le soutien de l’armée, le temps d’organiser des élections libres.

« Aujourd’hui, 23 janvier 2019, en tant que président de l’Assemblée nationale, invoquant les articles de la Constitution bolivarienne de la République du Venezuela, toute notre action étant basée sur notre Constitution, devant Dieu tout-puissant, le Venezuela, et avec tout le respect de mes collègues et membres de la Table de l’Unité, je jure d’assumer formellement les compétences du pouvoir exécutif national , en tant que président en charge du Venezuela pour parvenir à l’arrêt de l’usurpation du pouvoir, un gouvernement de transition, et des élections libres », a-t-il lancé depuis une tribune.

Trump et l’OEA reconnaissent Guaido «président par intérim»

Dans une motion, le Parlement vénézuélien estime que Maduro, réélu l’été dernier au terme d’un scrutin boycotté par les principales forces de l’opposition, est un « usurpateur ». La Cour suprême, favorable au régime, a jugé mardi que le Parlement ne devait pas reconnaître Guaido comme son président et demandé aux services du procureur de l’Etat d’ouvrir une enquête sur l’opposant.

Peu de temps après la déclaration de Juan Guaido, Donald Trump a annoncé ce mercredi dans un communiqué qu’il reconnaissait le jeune opposant de 35 ans comme président du Venezuela par intérim et a invité les autres pays occidentaux à en faire autant. Le président américain a aussi prévenu que les Etats-Unis mettront à profit « le poids de leur puissance économique et diplomatique afin d’encourager le rétablissement de la démocratie vénézuélienne. »

Jugeant que l’Assemblée nationale était « la seule branche légitime du gouvernement », Donald Trump rappelle que cette dernière a déclaré le président Nicolas Maduro « illégitime ». « Le peuple du Venezuela a courageusement parlé contre Maduro et son régime et exigé la liberté et l’Etat de droit », ajoute-t-il.

Dans la foulée du président américain, l’Organisation des États américains (OEA) a elle aussi reconnu Guaido comme « président en exercice ». Luis Almagro, secrétaire général de l’OEA, basée à Washington, a félicité Juan Guaido : « Nos félicitations à Juan Guaido, le président en exercice du Venezuela. Il a toute notre reconnaissance pour impulser le retour de la démocratie dans ce pays », a-t-il fait savoir dans un tweet.

Le Venezuela est en proie à une grave crise politique et économique qui a forcé 2,3 millions de personnes à fuir depuis 2015 selon l’ONU. Cette crise dans cet ancien pays riche, grâce à ses réserves de pétrole, provoque des pénuries alimentaires et de médicaments. D’après le Fonds monétaire international, l’inflation devrait atteindre 10 000 000% en 2019.

(Avec agences)

► REPORTAGE

Des dizaines de milliers de personnes marchent contre le président Nicolas Maduro dans les rues de Caracas et partout au Venezuela. Une foule immense qui dépasse les dernières grandes manifestations de 2017 à en croire les premières estimations.

Avec notre correspondant à Caracas,  Benjamin Delille

Dès 10 heures du matin, l’avenue Francisco de Miranda à Caracas est déjà pleine de manifestants. Un flux ininterrompu de personnes arrive de toute part, du métro, des rues adjacentes.

Les drapeaux vénézuéliens sont légion. Les casquettes jaunes, bleues et rouges aussi. Comme celle de Jose Antonio, 69 ans. Il observe le regard humide ce cortège qui s’étend à perte de vue : « Je n’ai jamais vu autant de gens. Rien qu’en regardant, ça se voit que nous sommes la majorité. Que le président arrête de nous tromper. Avec ça, je suis sûr qu’il a peur. »

Le vieil homme a été de toutes les manifestation depuis 20 ans, et il assure que celle-ci les dépasse toutes, de loin. Et cela s’explique facilement selon lui : « Il n’y a pas de médicaments, pas de nourriture, rien, les enfants meurent ici ! On a atteint la limite, la coupe est pleine. »

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